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Nella tarda mattinata il Santo Padre riceve in
udienza nella Sala del Concistoro i partecipanti al
Congresso Internazionale sul tema: « Evangelizzazione e ateismo », promosso dall’Istituto
superiore per lo studio dell’ateismo della Pontificia
Università Urbaniana.
Il gruppo degli studiosi è guidato all’udienza dal Cardinale Agnelo Rossi,
Prefetto della Sacra Congregazione per
l’Evangelizzazione dei Popoli e Gran Cancelliere
dell’Università Urbaniana. Sono inoltre presenti
l’Arcivescovo Simon Lourdusamy, Segretario della
medesima Congregazione; l’Arcivescovo Paul Poupard,
Pro-Presidente del Segretariato per i Non Credenti; e il
Vescovo Bohan Bejze, Ausiliare del Vescovo di Lodz.
Dopo una breve introduzione del Cardinale Rossi,
prende la parola il Rettore dell’Urbaniana, P. José
Saraiva Martins, che rivolge al Papa un indirizzo di
omaggio, al quale Giovanni Paolo II risponde con il
seguente discorso.
Eminence,
Excellences,
Monseigneurs,
Chers
Frères et Soeurs,
1.
Soyez remercié de vos paroles. Comme il est facile de
le constater, l’athéisme est sans conteste l’un des
phénomènes majeurs, et il faut même dire, le drame
spirituel de notre temps
Enivré
par le tourbillon de ses découvertes, assuré d’un
progrès scientifique et technique apparemment sans
limites, l’homme moderne se découvre inexorablement
affronté à son destin: «
A
quoi bon aller sur la lune, - selon l’expression
d’un des hommes de culture les plus prestigieux de
notre époque - i c’est pour s’y suicider? »
Qu’est-ce
que la vie? Qu’est-ce que l’amour? Qu’est-ce que
la mort? Depuis qu’il y a des hommes qui pensent, ces
questions fondamentales n’ont cessé d’habiter
leur esprit. Depuis des millénaires, les grandes
religions se sont efforcées d’y apporter leurs réponses.
L’homme lui-même n’apparaissant-il pas, au regard pénétrant
des philosophes, comme étant, indissociablement, homo
faber, homo ludens, homo sapiens, homo
religiosus? Et n’est-ce pas à cet homme-là que
l’Eglise de Jésus-Christ entend proposer la bonne
nouvelle du salut, porteuse d’espérance pour tous, à
travers le flux des générations et le reflux de
civilisations?
2.
Mais voici que, en un gigantesque défi, l’homme
moderne, depuis la Renaissance, s’est dressé contre
ce message de salut, et s’est mis à refuser Dieu au
nom même de sa dignité d’homme. D’abord réservé
à un petit groupe d’esprits, l’intelligentsia qui
se considérait comme une élite, l’athéisme est
aujourd’hui devenu un phénomène de masse qui
investit les Eglises. Bien plus, il les pénètre de
I’intérieur, comme si les croyants eux-mêmes, y
compris ceux qui se réclament de Jésus-Christ,
trouvaient en eux une secrète connivence ruineuse de la
foi en Dieu, au nom de l’autonomie et de la dignité
de l’homme. C’est d’un « véritable sécularisme » qu’il s’agit, selon l’expression de Paul VI dans son Exhortation
apostolique « Evangelii nuntiandi »: «
Une
conception du monde d’après laquelle ce dernier s’explique
par lui-même sans qu’il soit besoin de recourir à
Dieu; Dieu devenu ainsi superflu et encombrant. Un tel sécularisme,
pour reconnaître le pouvoir de l’homme, finit donc
par se passer de Dieu et même par renier Dieu ».
3.
Tel est le drame spirituel de notre temps. L’Eglise ne
saurait en prendre son parti. Elle entend, au contraire,
l’affronter courageusement. Car le Concile s’est
voulu au service de l’homme, non pas de l’homme
abstrait, considéré comme une entité théorique, mais
de l’homme concret, existentiel, aux prises avec ses
interrogations et ses espoirs, ses doutes et ses négations
mêmes. C’est à cet homme-là que l’Eglise
propose l’Evangile. Il lui faut donc le connaître, de
cette connaissance enracinée dans l’amour, qui ouvre
au dialogue dans la clarté et la confiance entre hommes
séparés par leurs convictions, mais convergents dans
leur même amour de l’homme.
« L’humanisme
laïque et profane, a dit Paul VI lors de la clôture du
Concile, est apparu dans sa terrible stature et a en un
certain sens défié le Concile. La religion du Dieu qui
s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion — car c’en est une — de
l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé? Un
choc, une lutte, un anathème? Cela pouvait arriver,
mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain
a été le modèle de la spiritualité du Concile»
Moi-même, à la tribune des Nations Unies, à
New-York, le 2 octobre 1979, j’ai exprimé ce souhait: « La confrontation entre la conception religieuse du monde et la conception
agnostique, qui est l’un des signes des temps,
pourrait conserver des dimensions humaines loyales et
respectueuses, sans porter atteinte aux droits essentiels
de la conscience de tout homme ou tout femme qui vivent
sur la terre »
.
Telle est la conviction de notre humanisme plénier,
qui nous porte au-devant même de ceux qui ne partagent
pas notre foi en Dieu, au nom de leur foi en l’homme —
et
c’est là le tragique malentendu à dissiper. A tous,
nous voulons dire avec ferveur: nous aussi, autant et
plus que vous, s’il est possible, nous avons le
respect de l’homme. Aussi voulons-nous vous aider à découvrir
et à partager avec nous la joyeuse nouvelle de
l’amour de Dieu, de ce Dieu qui est la source et le
fondement de la grandeur de l’homme, lui-même fils de
Dieu, et devenu notre frère en Jésus-Christ.
4.
C’est vous dire, chers amis, combien je me réjouis de
ces journées d’études qui vous rassemblent à Rome,
à l’Université pontificale Urbanienne, sous les
auspices de 1’Institut supérieur pour l’étude de
l’athéisme, promoteur de votre Congrès international
sur Evangélisation et Athéisme.
Avec beaucoup d’intérêt, j’ai parcouru le
programme que vous m’avez adressé. Et j’ai relevé
avec sympathie la présence d’illustres professeurs et
hommes d’étude, que je suis heureux de recevoir ici.
A vrai dire, c’est presque un sentiment de vertige qui
monte à l’esprit, en découvrant l’ampleur du champ
considéré, et les axes de recherche qui vous y avez
tracés: aspects phénoménologique, historique,
philosophique et théologique de l’athéisme
contemporain.
Le phénomène en effet nous envahit de tous côtés:
de l’Orient à l’Occident, des pays socialistes aux
pays capitalistes, du monde de la culture à celui du
travail. Aucun des âges de la vie n’y échappe, de la
jeune adolescence en proie au doute, au vieillard livré
au scepticisme, en passant par les soupçons et les
refus de l’âge adulte. Et il n’est aucun continent
à être épargne.
C’est ce qui a conduit mon prédécesseur Paul
VI, de vénérée mémoire, à ériger au sein de la
Curie romaine, auprès des Secrétariats pour les non
chrétiens, un autre organisme voué, par vocation, à
l’étude de l’athéisme et au dialogue avec les
non-croyants.
Il
doit en effet être clair aux yeux de tous que l’Eglise
veut être en dialogue avec tous, y compris ceux qui se
sont éloignés d’elle et la rejettent, tant dans
leurs convictions affirmées et résolues que dans leurs
comportements décidés et parfois militants. L’un
et l’autre du reste sont intimement mêlés. Les
motivations suscitent l’action. Et l’agir, à son
tour, modèle la pensée.
5. Aussi est-ce avec reconnaissance qui j’accueille
vos réflexions, pour les intégrer dans la démarche
pastorale de l’Eglise en direction de tous ceux qui,
à des titres divers, et de bien des manières, certes,
se réclament peu ou prou de l’athéisme polymorphe de
notre temps. Qu’y a-t-il apparemment de commun, en
effet, entre des pays où l’athéisme théorique,
pourrait-on dire, est au pouvoir, et d’autres au
contraire dont la neutralité idéologique professée
recouvre un véritable athéisme pratique? Sans doute la
conviction que l’homme est, à lui seul, le tout de
l’homme.
Certes le psalmiste déjà allait, répétant: « Insensés,
ceux qui disent qu’il n’y a pas de Dieu ».
Et
l’athéisme n’est pas d’aujourd’hui Mais il était
comme réservé à notre temps d’en faire la théorisation
systématique, et d’en mettre en oeuvre la pratique à
I’échelle de groupes humains et même d’importants
pays.
6.
Et pourtant, comment ne pas le reconnaître avec
admiration, l’homme résiste devant ces assauts répétés
et ces feux croisés de l’athéisme pragmatiste, néopositiviste,
psychanalytique, existentialiste, marxiste,
structuraliste, nietzschéen.... L’envahissement des
pratiques et la déstructuration des doctrines n’empêchent
pas, bien au contraire, parfois même elles suscitent,
au coeur même des régimes officiellement athées,
comme au sein des sociétés dites de consommation, un
indéniable réveil religieux. Dans cette situation
contrastée, c’est un véritable défi que l’Eglise
doit affronter, et une tâche gigantesque qu’il lui
faut réaliser, et pour laquelle elle a besoin de la
collaboration de tous ses fils: réacculturer la foi
dans les divers espaces culturels de notre temps, et réincarner
les valeurs de l’humanisme chrétien.
N’est-ce
pas une requête pressante des hommes de notre temps
qui, parfois désespérément et comme à tâtons,
recherchent le sens du sens, le sens ultime? En dépit
de leurs différences d’origine et d’orientation,
les idéologies modernes se rencontrent au carrefour de
l’autosuffisance de l’homme, sans qu’aucune ne réussisse
à combler la soif d’absolu qui le tenaille. Car, « l’homme passe infiniment l’homme », comme le notait Pascal en ses Pensées. C’est pourquoi, du trop bien de
ses certitudes, comme du creux de ses questions, toujours
resurgit la quête de cet Infini dont il ne peut en lui
effacer l’image, alors même qu’il la fuit: «
Tu
étais au-dedans de moi. Et moi, j’étais au-dehors de
moi-même », confessait
déjà saint Augustin.
7.
Dans son encyclique « Ecclesiam Suam »,
Paul VI s’interrogeait sur ce phénomène, y voyait la
voie d’un dialogue de salut: «
Les
raison de l’athéisme, imprégnées d’anxiété,
colores de passion et d’utopie, mais souvent aussi généreuses,
inspirées d’un rêve de justice et de progrès, tendu
vers des finalités d’ordre social divinisées: autant
de succédanés de 1’Absolu et du Nécessaire.... Les
athées, nous les voyons aussi parfois mûs par de
nobles sentiments, dégoûtés de la médiocrité et de
l’égoïsme de tant de milieux sociaux contemporains,
et habiles à emprunter à notre Evangile des formes et
un langage de solidarité et de compassion humaine: ne
serons-nous pas un jour capables de reconduire à leurs
vraies sources, qui sont chrétiennes, ces expressions
de valeurs morales? ».
L’athéisme
proclame la disparition nécessaire de toute religion,
mais il est lui-même un phénomène religieux. N’en
faisons pas, pour autant, un croyant qui s’ignore. Et
ne ramenons pas ce qui est un drame profond à un
malentendu superficiel. Devant tous les faux dieux sans
cesse renaissants du progrès, du devenir, et
l’histoire, sachons retrouver le radicalisme des
premiers face aux ido1atres du paganisme antique, et
redire avec saint Justin: «
Certes,
nous l’avouons, nous sommes les athées de ces prétendus
dieux ».
8. Soyons donc, en esprit et en vérité, des témoins
du Dieu vivant, porteurs de sa tendresse de père au
creux d’un univers refermé sur lui-même et
oscillant de l’orgueil luciférien au désespoir désabusé.
Comment en particulier ne pas être sensible au drame de
l’humanisme athée, dont l’antithéisme, et plus précisément
l’antichristianisme, en vient à écraser la
personne humaine qu’il avait voulu libérer du pesant
fardeau d’un Dieu considéré comme un oppresseur? «
Il
n’est pas vrai que l’homme ne puisse organiser la
terre sans Dieu. Ce qui est vrai, c’est que, sans
Dieu, il ne peut en fin de compte que l’organiser
contre l’homme. L’humanisme exclusif est un
humanisme inhumains ».
A quatre décennies de distance, chacun peut emplir ces
lignes prémonitoires du Père de Lubac, du poids
tragique de l’histoire de notre temps.
Quelle
invitation à revenir au coeur de notre foi: «
Le Rédempteur
de l’homme, Jésus-Christ, est le centre du cosmos et
de l’histoire ».
L’écroulement du déisme, la conception profane de la
nature, la sécularisation de la société, la poussée
des idéologies, l’émergence des sciences humaines,
les ruptures structuralistes, le retour de
l’agnosticisme, et la montée du néopositivisme
technicien ne sont-ils pas autant de provocations pour
le chrétien à retrouver dans un monde vieillissant
toute la force de la nouveauté de l’Evangile toujours
neuf, source inépuisable de renouvellement: « Omnem novitatem attulit, semetipsum afferens? »
Et saint Thomas d’Aquin, à onze siècles de distance,
prolongeait le mot de saint Irénée: « Christus
initiavit nobis viam novam ».
C’est au chrétien qu’il appartient d’en
donner témoignage. Il porte certes ce trésor dans des
vases d’argile. Mais il n’en est pas moins appelé
à placer la lumière sur le candélabre, pour qu’elle
éclaire tous ceux qui sont dans la maison. C’est le rôle
même de l’Eglise, dont le Concile nous rappelait
qu’elle est porteuse de Celui qui, seul, est Lumen
gentium. Ce témoignage doit être à la fois un témoignage
de pensée et un témoignage de vie. Puisque vous êtes
des hommes d’étude, j’insisterai en terminant sur
la première exigence, la seconde en effet nous concerne
tous.
9.
Apprendre à bien penser était une résolution que
l’on professait hier volontiers. C’est toujours
une nécessité première pour agir. L’apôtre n’en
est pas dispensé. Que le baptisés sont devenus étrangers
à une foi qui jamais peut-être ne les avait vraiment
habités parce que personne ne la leur avait bien
enseignée ! Pour se développer, le germe de la
foi a besoin d’être nourri de la parole de Dieu, des
sacrements, de tout l’enseignement de l’Eglise et
ceci dans un climat de prière. Et, pour atteindre les
esprits tout en gagnant les coeurs, il faut que la foi
se présente pour ce qu’elle est, et non pas sous de
faux revêtements. Le dialogue du salut est un dialogue
de vérité dans la charité.
Aujourd’hui,
par exemple, les mentalités sont profondément imprégnées
par les méthodes scientifiques. Or une catéchèse
insuffisamment informée de la problématique des
sciences exactes comme des sciences humaines, dans leur
diversité, peut accumuler les obstacles dans une
intelligence, au lieu d’y frayer le chemin à
l’affirmation de Dieu. Et c’est à vous, philosophes
et théologiens, que je m’adresse: cherchez les
voies pour présenter votre pensée d’une manière qui
aide les scientifiques à reconnaître la validité de
votre réflexion philosophique et religieuse. Car il y
va de la crédibilité, même de la validité de cette réflexion,
pour beaucoup d’esprits influencés, à leur insu même,
par la mentalité scientifique véhiculée par les media.
Et déjà je me réjouis que la prochaine assemblée plénière
du Secrétariat pour les non-croyants en mars-avril
prochain approfondisse ce thème: Science et Non
Croyance.
Il me faut conclure. Affrontée plus que jamais
au drame de l’athéisme, l’Eglise entend
aujourd’hui renouveler son effort de pensée et de témoignage,
dans l’annonce de Evangile. Alors qu’un essaim de
questions envahit l’esprit de l’homme en proie à la
modernité, le mystère demeure par delà des problèmes.
Et, comme le Concile Vatican II nous l’a enseigné, « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du
Verbe incarné ».
Que son Esprit de lumière inspire votre labeur
intellectuel et que son Esprit de force anime votre témoignage
de vie! J’accompagne ce souhait et cette prière de ma
Bénédiction Apostolique.
Paul VI, allocution au Concilie Vatican Il, le 7
décembre 1965: AAS
68
(1966), p. 55.
Constitution apostolique Regimini Ecclesiae
Universae, du 15 aoùt 1967, en référence à
l’enseignement de Vatican TI, Gaudium et speS, nn.
19-21 et 92.
Psaume XIV.
S. Augustin, Con fessions, X, 27.
S. Tustin, Première Apologie, VI, n. 1.
R. P. Henri de Lubac, Le drame de l’humanisme athée, Spes,
1944, p.
12. Cité par Paul VI, Encyclique Populorum
progressio, Pâques
1967, n. 42.
Première phrase de l’encyclique Redemptor hominis.
Prima
Secundae, q. 106,
art. 4, ad primum.
Gaudium
et spes, n.
22,
1.
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